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Politique

Diaspora : L’éternelle équation du retour

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Qu’il me soit permis de raconter encore une fois cette histoire que j’ai déjà contée plusieurs fois dans ces colonnes. C’est celle de l’un de mes amis avec qui j’ai fait mes études à Nice, en France, vers la fin des années 80. J’étais en droit, lui en chimie. Nous sommes rentrés au pays ensemble, lui enseignait à la fac de physique et chimie, moi je m’essayais au journalisme. Environ un an après notre retour, j’ai appris que mon ami était reparti en France. Je l’ai retrouvé à Nice quelques années après et il m’a raconté son histoire : « le jour où je soutenais ma thèse à Nice, il y avait dans la salle un responsable d’un laboratoire de Monaco, qui m’a aussitôt offert de venir travailler avec eux, avec un salaire très intéressant. J’ai refusé, parce que je voulais venir servir mon pays qui avait financé mes études. Je suis rentré et j’ai été embauché à l’université. Mais pendant pratiquement un an, je n’avais pas de salaire. Et le laboratoire n’avait de laboratoire que le nom. Je vivais sur le dos de mes parents et amis, et j’étais endetté jusqu’au cou. Il m’a fallu aller soudoyer quelqu’un au trésor pour pouvoir toucher mon salaire. Et c’est dans la même période que j’ai été relancé par le même laboratoire de Monaco avec une offre plus intéressante. Je n’ai plus hésité. » Mon ami est reparti en France, et n’en est plus revenu. Il vit dans un quartier très chic de Nice et travaille à Monaco.

Ils sont nombreux comme lui qui, au départ, avaient voulu servir leur pays, mais ont dû se résoudre à émigrer, pour n’avoir pas réussi à se faire une place chez eux. J’ai aussi raconté ici l’histoire de l’un de mes amis sénégalais qui se désolait de voir qu’aucun de ses trois enfants ne travaillait pour son pays. L’un faisait du basket-ball aux Etats-Unis, l’autre travaillait pour une multinationale en France et l’autre pour une autre multinationale française au Sénégal.

Il y a aujourd’hui plus de médecins béninois en France qu’au Bénin, et plus de médecins nigérians aux Etats Unis et en Grande Bretagne qu’au Nigeria. La France, qui est actuellement confrontée à une grave pénurie de professionnels de la santé, est en train d’adopter un projet de loi qui, d’un côté, va durcir les mesures d’expulsion des étrangers et de l’autre, faciliter la venue de travailleurs qualifiés, notamment dans la santé. D’éminents professeurs en médecine et des défenseurs des droits de l’homme ont signé une tribune intitulée : « ne privons pas l’Afrique de ses médecins. » Ils estiment que ce projet de loi qui vise à faire venir des professionnels de la santé d’Afrique vers la France n’est pas acceptable. Le professeur André Grimaldi, l’un des signataires de cette tribune, s’est exprimé dans la presse sur le sujet : « voilà des gens qui ont été formés par leurs pays et qu’on veut récupérer en France parce qu’on manque de médecins, sans se poser la question : et leurs malades dans leurs pays, qui va les soigner ? »

Au temps de l’esclavage, on enlevait les bras valides du continent pour les emmener aux Amériques, sans se poser la question de savoir qui allait s’occuper des familles restées en Afrique. On continue ainsi de piller nos pays. Sauf que cette fois-ci, ils seront nombreux, les professionnels de la santé d’Afrique qui seraient très heureux de pouvoir aller travailler en France, en sachant qu’ils seront probablement moins bien payés que leurs collègues français. Ce que la France veut faire n’est pas bien. Et il est bien que des voix françaises se soient levées pour dénoncer cela dès maintenant. Mais qui parmi nous jettera la pierre à un de ses parents qui accepterait une telle proposition ? Qui, au contraire, ne maudira pas celui qui la refusera ? Je crois que la réponse est entre les mains de nos Etats. Que font-ils pour retenir leurs cadres qualifiés chez eux ? Je ne crois pas que tout soit une simple question de salaire. Lorsque votre pays vous montre qu’il vous a formé à grands frais parce qu’il a besoin de vous, et lorsqu’il vous traite avec respect, vous ne vous accrochez pas à une histoire de salaire. Mais lorsque l’on vous fait comprendre par diverses attitudes que vous pouvez aller vous faire voir ailleurs, c’est ce que vous faites finalement, comme mon vieil ami de Nice.

Si nous voulons garder nos cadres, nos sportifs, nos artistes chez nous, nous devons sérieusement créer les conditions de les garder, sans forcément leur donner les salaires mirobolants qu’on leur propose ailleurs. Souvent ils ne demandent qu’à vivre décemment, chez eux, et que leur valeur soit simplement reconnue. Et c’est à nos pays de savoir quels sont les cadres qui leur sont vraiment utiles et ceux qui le sont moins, et de les traiter en conséquence.

Venance Konan



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