Quels souvenirs les Abidjanais gardent-ils encore de la journée du 11 avril 2011, marquée par l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, dans sa résidence par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) ? Douze ans après, nous avons recueillis quelques avis
Gnagne Célestine, restauratrice « une journée terrifiante »
« La journée du 11 avril 2011, a été très terrifiante. J’étais enfermée à la maison avec ma famille. Des tirs à l’arme lourde résonnaient de partout. Il fallait parfois se coucher, pour éviter de recevoir des balles. L’arrestation du Président Gbagbo a été une désolation pour moi. Car, il fallait simplement utiliser les voies de recours, pour trancher cette histoire d’élection. Au lieu d’employer la force pour tuer et confisquer le pouvoir ».
Balla Sidibé ex président du RHDP -Action aux Usa « Ça été un grand soulagement »
« J’ai vécu le 11 avril avec beaucoup d’angoisse. Il y avait trop d’annonces contradictoires. Certains disaient qu’il y avait des raids sur la résidence du Chef de l’Etat. D’autres mentionnaient plutôt que les combats se poursuivaient. J’avais peur pour ma famille, mes amis et connaissances qui se trouvaient à Abidjan, pendant que moi je résidais aux Etats Unis. Lorsque j’ai appris la nouvelle de l’arrestation du Président laurent Gbagbo, ça été un grand soulagement pour mes camarades et moi, qui menions des campagnes d’explications et de sensibilisations sur la situation du pays. Cette nouvelle marquait également pour nous une baisse de tension et l’espoir d’un dénouement effectif de la crise ».
Konan Blandine, institutrice « J’étais craintive »
« Lorsque j’ai appris la nouvelle de l’arrestation du Président Laurent Gbagbo, j’étais craintive de la tournure que pouvait prendre les choses. La situation était encore confuse. Car, il y avait de violents affrontements dans plusieurs quartiers de Yopougon notamment à Niangon, à Port-Bouët 2 où j’habite, au Toit Rouge et à Abobodoumé ».
Traoré Badiara, Transitaire « la joie était totale »
« C’était très stressant. Quand nous avons appris que le Président Gbagbo a été capturé, nous avons pensé à un poisson d’avril, quand bien même le premier était déjà passé. Mais, lorsque nous avons vu les images de son arrestation sur France 24, la joie était totale à Boundiali, où, je me trouvais pratiquement avec toute ma famille ».
Gbamalan Djidan, ex maire de Yopougon « J’ai été beaucoup attristé »
J’étais déjà en exil à Accra au Ghana. C’est sur une chaine de télé que j’ai appris l’arrestation du Président Laurent Gbagbo. La nouvelle et la tournure des évènements m’ont beaucoup attristé. Le représentant de RFI à Abidjan, m’a appelé pour que je me prononce. Dans mon intervention, j’ai appelé les jeunes de Yopougon à la retenue, à déposer les armes et à laisser nos autorités régler le contentieux, né des résultats de l’élection ».
Kehi Edouard Djouha, Sénateur « J’étais heureux de savoir que le régime de Gbagbo était enfin vaincu »
« Le 11 Avril 2011, j'étais au Golf Hôtel d'Abidjan où nous étions sous blocus depuis décembre 2010. Le fait majeur de cette date, a été la victoire des Forces Républicaines sur les miliciens et autres, mercenaires qui sévissaient dans la ville d'Abidjan, avec l'arrestation et l'emprisonnement du Président sortant d'alors, M. Laurent GBAGBO. Je l'ai vu arriver au Golf Hôtel en milieu de journée, sous escorte d'un Groupe de militaires. D'une part, j'étais heureux de savoir que le régime liberticide et violent de Laurent Gbagbo était enfin vaincu et que, dès lors, la volonté des électeurs Ivoiriens serait respectée, Alassane Ouattara pourrait assumer pleinement le pouvoir d'état.
D'autre part, j'étais fier de l'homme d'Etat Alassane Ouattara, mon mentor, qui venait de faire épargner la vie de M. Gbagbo. Or si l'inverse s'était produit et que Gbagbo et ses sbires avaient prévalu, ils n'auraient jamais pensé à préserver nos vies, nous qui étions sous blocus au Golf Hôtel. Comment pouvait-il en être autrement, au regard des discours haineux qu'ils tenaient à notre encontre et des exécutions sommaires, extrajudiciaires que nos militants subissaient à cause du RHDP?
Landry B, journaliste et critique d’art. « L’arrestation de Gbagbo a mis fin à la crise »
Nous habitions le quartier SOTRAPIM, situé sur la voie reliant le carrefour N’dotré à Yopougon, en longeant la forêt du banco jusqu’à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). On ne pouvait donc pas rester là, du fait de l’insécurité qui y régnait.
On est parti à Grand Lahou. C’est de là-bas que nous avons tout suivi via les chaines de radios et télévisions étrangères mais aussi la télévision de Côte d’Ivoire (TCI). Depuis lors, j’ai constamment communiqué avec les contacts restés à Abidjan jusqu’au 11 avril 2011. C’est en suivant les médias cités plus haut que j’appris la nouvelle de l’arrestation du président Gbagbo.
Fallait-il s'en réjouir ou pas, là n'étais pas la question. Mais on se disait que c'est la fin de la crise. Dieu merci il s’en est sorti vivant, donc c'était un ouf de soulagement vu que son arrestation a mis fin à cette crise. Beaucoup de personnes se sont réjouies mais pour moi, en tant que observateur de la vie politique il n'était pas question de se réjouir d'une telle situation. Je ne prends pas de position. J’observe. C’est tout
Boris L. informaticien « On a vraiment eu peur »
Le 11 Avril, nous étions à Abobo Belle ville, au domicile familial à l'étage d'un grand immeuble. Donc, du balcon on voyait comme un peu petit oiseau, le camp d'Akouédo. C’est par les médias qu’on a appris l’arrestation du président Gbagbo. Alors, on a vraiment eu peur d’autant plus que le père de famille faisait partie de l’armée. Plusieurs fois, des individus en tenue militaire ont fouillé la maison. Ainsi, peu à peu, le calme est revenu et la peur s’est dissipée.
Boubacar Barry et Trésor Doudou





