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Christianisme et retour aux « sources africaines » s’opposent-ils vraiment ?

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Sur le continent africain, de nombreux inconditionnels des mouvements de « retour aux sources africaines » affichent une hostilité radicale vis-à-vis du christianisme.

Pour eux, il s’agit d’une religion importée aux antipodes des réalités et de l’identité africaine.

« J’ai servi Dieu pendant 12 ans et je n’ai rien eu. » Estimant avoir été « trompé par certains pasteurs » qui lui avaient demandé d’arrêter la musique pour devenir lui-même pasteur, le célèbre artiste-chanteur ivoirien Kley Saley a de nouveau changé de costume, pour celui de spiritualiste.

Se présentant désormais sur les plateaux de télévision comme « un kamite (ou kémite) spiritualiste » – c’est-à-dire un adepte du kémitisme, spiritualité s’inspirant de la religion de l’Égypte antique – il assure être capable de résoudre les problèmes de ceux qui le consultent et se fait fervent défenseur de « la spiritualité africaine ».


Comme lui, Momi M’buze, un ancien rappeur évangélique congolais a abandonné la foi chrétienne au nom du « retour aux sources africaines » et exhorte maintenant sur les réseaux sociaux à rejoindre ce mouvement. Depuis la Belgique où il vit, sa page Facebook qui compte un peu plus d’un millier de followers est un relais de la pensée du mouvement panafricaniste et de la spiritualité africaine dont il vante les bienfaits.

Comme les deux chanteurs, nombreux sont en Afrique et dans la diaspora ceux qui ont annoncé leur départ du christianisme pour se lancer dans un prosélytisme en faveur de ce qu’ils nomment « la spiritualité africaine ». Anonymes, artistes, écrivains, ou encore hommes politiques, toutes les couches sociales semblent concernées. Loin d’être « un effet de mode » défendent les deux artistes chanteurs, il s’agit du « fruit d’une réflexion profonde sur leur identité africaine ». En clair, « les religions importées sont contraires à l’identité africaine ».

L’insatisfaction du christianisme

« Ces jeunes Africains ayant fait l’expérience du christianisme ne sont pas convaincus qu’il règle tous leurs problèmes. L’insatisfaction génère ce retour aux sources, pour ces Africains qui veulent revenir à la spiritualité africaine, assez riche de symboles où ils vivent la foi de façon palpable, visible », analyse le professeur Bony Guiblehon, enseignant-chercheur au département d’anthropologie et de sociologie de l’université de Bouaké (Côte d’Ivoire) et spécialiste des religions.

Cependant, précise-t-il, « il faut comprendre ce retour aux sources du point de vue religieux et spirituel dans un contexte global, cette utopie, cette envie de revenir en Afrique parce qu’on a vécu la colonisation comme une sorte d’aliénation, de déracinement qui nous handicape du point de vue matériel et spirituel ». De ce fait, ils adhèrent au kémitisme, « un mouvement spiritualiste qui promeut le retour aux « sources », c’est-à-dire aux valeurs et croyances ancestrales comme seules conditions pour la renaissance de l’Afrique ».

« Pleinement chrétien, entièrement Africain »

Mais le christianisme et africanité s’opposent-ils réellement ? Pour Etty Macaire, un écrivain ivoirien, si « le retour aux sources est une attitude normale pour tous ceux qui veulent renouer avec leur culture originelle, il ne doit pas pour autant s’articuler avec le rejet des religions dites importées ».

« Le christianisme dont je me réclame n’a pas éteint en moi ma fibre africaine et africaniste. Je me sens pleinement chrétien et entièrement africain », tranche l’écrivain, rappelant que Anta Diop, considéré comme l’une des références en matière de panafricanisme n’a jamais renié sa foi musulmane, alors que l’islam est également une religion dite « importée ». « L’enseignement du Christ nous aide à mieux apprécier nos us et coutumes et à faire le tri en faveur de tout ce qui renforce notre humanité », atteste Etty Macaire.

« Nuancer les thèses kémites »

Aux yeux du père Jean Paul Sagadou, religieux assomptionniste, « il importe vraiment de nuancer les thèses kémites qui présentent christianisme et panafricanisme comme intrinsèquement contradictoires ». D’ailleurs, rappelle le religieux, « c’est dans les termes de la religion des esclavagistes qu’ont été formulées les plus franches critiques de l’esclavage et c’est au nom du christianisme qu’ont été fomentées des révoltes d’esclaves comme celle de NathanielTurner ». Ce dernier était un esclave aux États-Unis et prédicateur baptiste qui a mené une révolte contre l’esclavage en 1831 pour laquelle il a été pendu.

Apporter des nuances à un discours qui séduit de plus en plus, c’est ce que tentent de faire sur les réseaux sociaux de nombreux prêtres africains pour qui il est important de faire connaître à la jeunesse africaine, l’histoire de l’Église et celle du panafricanisme. « Le panafricanisme n’est pas une doctrine anti-religieuse et anti-chrétienne », martèle le religieux assomptionniste. Ainsi, souligne-t-il, « Julius Nyerere, Joseph Ki-Zerbo et d’autres grands panafricanistes ont concilié les deux ».

Guy Aimé Eblotié



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