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Politique

Coup d’’état au Niger : Un doigt d’honneur à la CEDEAO

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Le réveil matinal aura été cauchemardesque pour Mohamed Bazoum, président du Niger. En effet, ce qui a été, aux premières heures, présenté comme un « mouvement d’humeur » de la garde présidentielle, n’était rien d’autre qu’une tentative de coup d’Etat dont le chef d’orchestre serait le commandant de ladite garde, le Général Tchiani. Au moment où nous tracions ces lignes, la situation était toujours confuse quant à l’issue du pronunciamiento en cours et ce, d’autant que les forces fidèles au président Bazoum, appelaient les mutins à la reddition, faute de quoi, ils seraient attaqués. Dans tous les cas, et quel que soit le camp qui sortira vainqueur de cette situation, les interrogations ne manqueront pas : quelles sont les raisons profondes de ce coup de sang de la garde présidentielle nigérienne, qui cacherait des velléités putschistes? Est-ce un problème de gouvernance du pays par le président Bazoum depuis son élection en avril 2021 ? Ou est-ce le comportement réactionnaire d’un groupe de soldats des plus choyés de la République, qui refuseraient de perdre leurs privilèges, à commencer par leur chef qui n’entendrait pas se voir remplacer par quelqu’un d’autre ? Le président Bazoum doit se poser les bonnes questions, lui dont, par ailleurs, le ton moralisateur à l’encontre des régimes militaires en place au Burkina Faso, au Mali et en Guinée-Conaky, ne faisait certainement pas que des heureux, loin s’en faut. Au-delà de Bazoum, les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont le dernier sommet a acté la mise en place d’une force anti-putsch, doivent s’interroger sur les évènements qui se déroulent à Niamey.

Le rêve de la CEDEAO de combattre les putschs, semble déjà compromis

Car, à l’allure où vont les choses, il y a le risque de voir les militaires s’emparer davantage du pouvoir dans les pays de la sous-région, notamment dans les pays francophones. En attendant, ce coup de force au Niger, constitue déjà un doigt d’honneur à la CEDEAO – qui est sortie de ses gonds – en rapport avec son projet d’instauration d’une force anti-putsch. En tout cas, Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Mamadou Doumbouya peuvent rire sous cape. Faut-il le rappeler, ce sont principalement les pays francophones qui ont enregistré dernièrement des coups d’Etat. Cela a-t-il une raison particulière ? C’est là une préoccupation qui devrait interpeller, et principalement l’Elysée qui voit son ancien pré-carré d’Afrique occidentale, en constante instabilité. Cela dit, en très mauvaise posture au Mali et au Burkina Faso, la France avait fait du pays de Bazoum, une pièce maîtresse, d’où elle comptait déployer sa nouvelle stratégie en matière de repositionnement de ses forces militaires au Sahel. En l’espace de quelques années et après le dégommage des présidents civils, Roch Marc Christian Kaboré et feu Ibrahim Boubacar Kéita, Paris a ainsi trouvé en Bazoum, « l’ami » idéal qui faciliterait la poursuite de sa présence au Sahel, d’où le redéploiement de la force Barkhane du côté de Niamey qui, depuis quelques mois, fait l’objet de générosité à nulle autre pareille, en termes de soutien militaire et logistique de la part de cette même France et même des Etats-Unis d’Amérique. Seulement, cette « amitié » franco-nigérienne n’est pas sans conséquence. Dans une sous-région où le sentiment anti-français s’est beaucoup répandu, le président Bazoum est devenu le symbole de l’impérialisme français, et donc occidental. Si fait que, de Bamako à Niamey en passant par Ouagadougou, il y avait une poussée intense pour une prise du pouvoir par les militaires. Conscient de ce contexte, le Général Tchiani semble avoir profité de sa disgrâce auprès de Bazoum, pour le renverser. Cela dit, une question se pose : quelles seront les conséquences socio-politiques et sécuritaires si le Niger bascule dans un régime militaire ? Les réponses ne sont pas évidentes mais l’on sait déjà que Paris a de fortes chances de perdre un allié. En autre, le rêve de la CEDEAO de combattre les putschs, semble déjà compromis. Enfin, l’approche, dans la lutte contre le terrorisme dans la sous-région, pourrait être remodelée pour ce qui est de la collaboration entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger.


Michel NANA


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