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Politique

Quel genre de peuple sommes-nous ?

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L’information circule depuis quelques jours dans la presse. Les gardes-frontières d’Arabie Saoudite auraient massacré des centaines de migrants en provenance d’Ethiopie qui voulaient entrer dans le royaume en passant par le Yémen. Cette information a été donnée par l’organisation non gouvernementale Human Right Watch qui a publié un rapport sur l’affaire. Les Etats Unis se sont alarmés de ce rapport et ont demandé à l’Arabie Saoudite de mener une enquête. L’ONU de son côté a déclaré que ce rapport était « très inquiétant », tout en se gardant de confirmer les informations. Mais cette même ONU avait fait état l’année dernière de tirs des forces armées saoudiennes qui avaient tué 430 migrants dans le sud de l’Arabie saoudite et le nord du Yémen durant les 4 premiers mois de l’année 2002.

Jusqu’au moment où j’écris cette chronique, c’est-à-dire deux jours après la divulgation de cette information, je n’ai entendu aucun responsable d’un pays africain, à part l’Ethiopie, de l’Union africaine, d’aucune organisation de la société civile africaine s’élever contre ce massacre et demander des explications à l’Arabie saoudite. Une information chassant l’autre, nous aurons tous bientôt oublié ce massacre. Comme nous avons oublié celui de l’année dernière. Comme nous avons oublié le sort de ces migrants africains que les autorités de l’Algérie, ce « pays frère », avaient chassé de leur pays en les déposant en plein désert, sans eau, sans nourriture. Tout comme nous sommes en train d’oublier ce que nos « frères » Tunisiens sont en train de faire subir aux migrants d’Afrique subsaharienne, c’est-à-dire d’abord en organisant des pogroms contre eux dans les villes où ils vivent, et ensuite en les déposant aussi dans le désert afin qu’ils y meurent. Ils sont nombreux, ces « frères » arabes qui nous méprisent au point de nous traiter pire que des animaux, humilier nos sœurs et frères qui travaillent dans leurs pays, nous tuer sans le moindre remords, tout comme nous n’en avons pas lorsque nous tuons des mouches ou des moustiques. Et pourtant, nous leur déroulerons le tapis rouge dès qu’ils nous feront l’honneur de venir chez nous. Et chaque année, nous sommes des milliers à nous ruiner pour aller adorer leur dieu. Sommes-nous si terrorisés par certains pays arabes ? Leur sommes-nous si redevables ? Pourquoi tout ce qu’ils nous font subir comme humiliation et mauvais traitements suscite tant d’indifférence de notre part ? Notre seul souci par ici est la France. Je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé dans nos pays si l’on nous avait dit que des policiers français avaient tiré sur un seul migrant africain. Lorsqu’au début de la guerre en Ukraine les Africains vivant dans ce pays avaient été victimes de discriminations, là, oui, nous avions protesté. Le racisme des Blancs à notre égard nous émeut. Quand les Blancs eux-mêmes s’en émeuvent. Mais celui de certains de nos « frères » arabes nous glisse sur la peau.

Quel genre d’hommes sommes-nous finalement ? Quel genre de peuple sommes-nous ? Rien des malheurs qui nous frappent ne nous émeut. Et pourtant, que de larmes ne versons-nous pas sur les malheurs d’autrui ? Qui a oublié les chaudes larmes versées par certains de nos chefs d’Etat après les attentats islamistes à Paris ? Qui a oublié le Chef de l’Etat malien allant s’incliner à Paris sur les corps de soldats français tombés au Mali, ce qu’il n’avait jamais fait pour les milliers de ses propres citoyens qui mouraient tous les jours dans les mêmes conditions ?

Je crois que notre problème est que nous sommes un peuple mort. Si nous sommes devenus insensibles aux coups de poignard que l’on nous inflige, aux balles qui pénètrent nos corps, c’est parce que nous, peuple africain, sommes un peuple mort. Alors, on peut nous insulter, nous piétiner, nous torturer, nous vendre comme esclaves en plein 21ème siècle sur une terre d’Afrique, nous massacrer, nous ne sommes plus capables de réagir. Même pas de gémir ou de nous indigner. Alors, pourquoi attendons-nous du respect des autres peuples à notre égard ? Nous bradons nous-mêmes nos ressources les plus précieuses. Qu’est-ce qu’un peuple mort a à faire de l’or, de l’uranium, du diamant, du pétrole ? Alors taisons-nous. Gardons à jamais le silence des morts et laissons vivre ceux qui veulent vivre. Même si c’est sur nos cadavres.

Venance Konan


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