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Politique

Le Sénégal n’est pas sorti de l’auberge

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Le 4 mars dernier, le président Macky Sall a reçu le rapport du dialogue national qu’il a initié à l’effet de désamorcer la crise sociopolitique consécutive au report de la présidentielle initialement prévue pour se tenir le 25 février dernier au Sénégal. Et ce, dans un contexte où le Conseil constitutionnel a annulé la décision de report qui avait été entérinée par le parlement, en demandant aux autorités compétentes d’organiser le scrutin dans « les meilleurs délais ». C’est dans la recherche d’une date consensuelle que le dialogue national a retenu le 2 juin pour le premier tour du scrutin, avec pour autre recommandation majeure le maintien du chef de l’Etat sortant dans ses fonctions jusqu’au passage de témoin à son successeur. La question qui se pose est de savoir ce que le natif de Fatick fera de ce rapport issu d’un dialogue qui a été boycotté par une partie et pas des moindres de ses compatriotes qui ne se reconnaissent pas dans ses recommandations. Et qui, au-delà de leur opposition à une prolongation indue du mandat du chef de l’Etat, ne veulent surtout pas entendre parler de remise à plat du processus électoral.

Les jours à venir seront décisifs au Sénégal

La question est d’autant plus fondée que les conclusions de ce rapport ne manqueront pas d’avoir des implications sur le processus en cours, dans un contexte où les Sénégalais restent fortement divisés sur son contenu. Et cela, aussi bien en ce qui concerne la date du vote que la loi d’amnistie générale dont le projet de loi a été adopté en Conseil des ministres la semaine dernière. Pendant ce temps, le chef de l’Etat ne cesse de rappeler à qui veut l’entendre qu’il quittera ses fonctions à l’échéance de son mandat le 2 avril prochain. Coup de bluff ou volonté de faire davantage dans l’imbroglio ? Seul le locataire du palais de la République saurait répondre à cette question. En attendant, tout porte à croire que le Sénégal n’est pas sorti de l’auberge. Et l’éventualité du départ du chef de l’Etat de ses fonctions à l’échéance du 2 avril prochain, n’est pas loin de mettre ses compatriotes dans l’embarras d’un choix cornélien si ce n’est dans un véritable dilemme : celui de faire avec le chef de l’Etat au-delà du délai constitutionnel de son mandat jusqu’à la désignation de son successeur, ou faire sans lui au risque de reprendre le processus à zéro, comme le soutient le ministre de l’Intérieur, en cas de constatation, par le Conseil constitutionnel, de la vacance du pouvoir à la date indiquée et la désignation du président de l’Assemblée nationale pour assurer la transition et organiser l’élection présidentielle. C’est dire si les jours à venir seront décisifs au Sénégal. D’autant que la décision du Conseil constitutionnel est attendue dans le recours de la quinzaine de candidats sur les dix-neuf admis à concourir, qui ont saisi la haute juridiction pour « dénoncer la carence du président Macky Sall qui use du dilatoire politicien pour ne pas fixer une date de l’élection présidentielle ».

On prend le président Macky Sall aux mots

De son côté, le chef de l’Etat entend saisir la même juridiction spécialisée des conclusions de son dialogue national à l’effet d’en faire valider les propositions, notamment la nouvelle date du scrutin, l’ouverture de la liste à de nouvelles candidatures, qui vont de pair avec son maintien à la tête du pays jusqu’à la transmission du pouvoir à son successeur. C’est dire si on est encore loin de la fin du feuilleton même si, à moins d’un mois de la fin de son dernier mandat constitutionnel, le compte à rebours a commencé pour le successeur d’Abdoulaye Wade. Reste à espérer que ce rapport n’engendrera pas plus de problèmes que de solutions. Car, le Sénégal a assez souffert de cette crise sociopolitique multiforme qui n’en finit pas de tenir le pays en haleine et qui s’est bien trop souvent traduite par des actes de violences dont le pays aurait pu faire l’économie. C’est pourquoi on prend le président Macky Sall aux mots, quant à sa volonté exprimée de ne pas rester au pouvoir au-delà du délai constitutionnel de la fin de son mandat. Et si cela peut contribuer à la décrispation, c’est tant mieux ! En tout état de cause, on attend de voir la suite que réservera le Conseil constitutionnel aux différentes requêtes. Car, c’est à lui que revient in fine le dernier mot. Quant à Macky Sall, il a encore besoin de reconstruire la confiance avec son peuple, pour espérer une sortie de scène digne, qui préserve son image ainsi que la notoriété de la démocratie de son pays.

« Le Pays »


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