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L’Enquête du jeudi .Côte d’Ivoire. Droits des femmes. (1)- Féminicides : pourquoi tant d’hommes assassinent-ils des femmes ?

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En Côte d’Ivoire, malgré l’existence de lois qui protègent les femmes et leur accordent plus de libertés, des stéréotypes favorisent la persistance des Violences basées sur le Genre (VBG). En 2020, au moins 416 femmes ont été assassinées en raison de leur genre à Abidjan, selon une enquête menée par l’Organisation des Citoyennes pour la Promotion et la Défense des Droits des Enfants, des Femmes et des Minorités (CPDEFM). Ce type de meurtre, appelé féminicide, alimente souvent les débats sur les réseaux sociaux.

Souvenons-nous : le 23 février dernier, à Abobo, une mère de quatre enfants a été poignardée à mort par son ex-concubin, qui tentait vainement de la reconquérir. Une semaine plus tôt, à Songon, un homme a planté un tesson de verre dans la gorge d’une jeune fille qu’il avait invitée dans un maquis. Il aurait agi ainsi parce qu’elle avait refusé ses avances.

Face à ces drames, des marches, forums, panels, journées portes ouvertes…. sont régulièrement organisés à Abidjan pour libérer la parole, informer les femmes sur leurs droits et appeler à des actions concrètes en faveur de l’égalité des genres. Le mercredi 21 mars 2025, l’association Akwaba Mousso, spécialisée dans la prise en charge médicale, psychosociale et juridique des femmes victimes de VBG, a organisé des consultations gratuites à la mairie de Yopougon. L’objectif était notamment de faire connaître l’association auprès de la population et d’expliquer aux femmes comment réagir en cas de violence.

Les racines des comportements violents

Assis sous une bâche, Souleymane Diomandé, chargé de projet, prévention et mobilisation communautaire à Akwaba Mousso, s’entretient avec des femmes sur les VBG. Il estime que les stéréotypes de genre ancrés dans la société renforcent les comportements violents des hommes envers les femmes.

« Dès l’enfance, on apprend aux garçons qu’ils ne doivent pas pleurer, qu’ils doivent être autoritaires. De leur côté, les filles sont éduquées pour être des épouses, des mères et à tout accepter sans se plaindre. Ainsi, dans un foyer, une femme qui refuse d’obéir à son mari risque d’être battue. C’est cette logique de domination qui pousse certains hommes à avoir des comportements violents envers une femme au point même de la tuer », explique-t-il. En Côte d’Ivoire, le système national de collecte de données sur les VBG a recensé 7 919 cas en 2022. Près de 79 % des victimes étaient des enfants de moins de dix-huit ans.

« La femme va considérer cette violence comme normale et elle ne pas chercher d’aide. Elle trouvera même des excuses pour justifier son agresseur. »

Prince Tra Bi, psychologue à Akwaba Mousso, partage cette analyse. Selon lui, les stéréotypes de genre peuvent amener un individu à commettre un viol et à justifier son acte. « Il pourra dire que c’est parce qu’elle a porté telle tenue que je l’ai violée. Pourtant rien ne justifie son acte ». Il ajoute qu’un mari convaincu que la place de la femme est à la cuisine peut en venir aux coups si son épouse ne cuisine pas pour lui. « De son côté, la femme va considérer cette violence comme normale et elle ne pas chercher d’aide. Elle trouvera même des excuses pour justifier son agresseur », ajoute le psychologue.

« …Stress post traumatique, atteinte à l’estime de soi, difficulté à faire confiance… »

Les femmes victimes de VBG sont souvent exposées à des dommages psychologiques et physiologiques. C’est en tout cas ce que s’évertue à expliquer le psychologue Prince Tra Bi. Il précise que les femmes victimes de VBG souffrent souvent de stress post-traumatique, d’atteinte à l’estime de soi, de difficultés à gérer leurs émotions, leurs relations interpersonnelles et ont du mal à faire confiance, pour ne citer que ces effets. « Dans ce genre de situations, il faut une prise en charge psychologique. C’est très important qu’elles consultent un psychologue ».

Pour faire bouger les lignes et permettre à des femmes de jouir pleinement de leurs droits, les organisations et associations féministes de Côte d’Ivoire ne cessent de donner de la voie. En mars 2025, lors d’une conférence de presse, plusieurs d’entre elles ont réclamé l’adoption de lois spécifiques contre les féminicides, leur reconnaissance juridique et des réformes judiciaires pour accélérer les procédures de protection des victimes.

 Soro de Lima 


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